La démocratie de proximité : comment reprendre en main le pouvoir décisionnel au plan local
11-05-2016

Jeanine JALKH

"L'Orient LE JOUR"

                

Noyée dans des revendications plurielles, éparses et parfois contradictoires, la fronde citoyenne provoquée il y a quatre mois par la crise des déchets, a fini par sessouffler, laissant derrière elle une amertume et un désespoir profonds parmi les citoyens.

Lanalyse des causes de cette défaite nest plus à ressasser. Elle se résume par ladage qui dit : «Qui trop embrasse mal étreint». Oscillant entre la réclamation dune solution à un problème sanitaire urgent - linvasion de lespace public par les ordures-, et des requêtes de réformes tous azimuts dont lélection présidentielle pour les uns, parlementaires pour les autresles causes se sont enchevêtrées pour mutuellement sannuler. Cependant, la déferlante populaire et léveil citoyen quelle a suscité ont révélé au moins une réalité flagrante à savoir que le changement politique dans un système aussi perverti que le nôtre, ne saurait être amorcé à partir dun élan mu par la spontanéité et lémotivité mais plutôt par une vision claire et une stratégie qui table sur lun des ingrédients incontournable de la démocratie. A leur tête, des élections libres et transparentes garantissant une alternance du pouvoir et un espoir de renouveau politique et de changement des élites. Les protestataires ont certes effleuré cette idée, ignorant toutefois quelle avait encore besoin de mûrir dans les esprits avant déclore. Il faut le reconnaître demblée : la culture électorale chez le citoyen libanais est quasi même absente à ce jour. Par conséquent, rien ne sert dengager une bataille acharnée et on ne peut plus politique autour des modes de scrutin, aux techniques rébarbatives, sans avoir effectué auparavant une réflexion en profondeur sur les raisons et les obstacles qui ont faussé à ce jour lenjeu de la consultation populaire. Il sagit dadmettre en premier lieu que le système électoral reste, à ce jour, hermétiquement verrouillé par la classe politique qui cherche à sagripper au pouvoir et à perpétuer ses privilèges plutôt quà œuvrer à la recomposition du pouvoir.  A ce jour, leurs efforts ont consisté tout au plus à sétriper en public lors de débats techniques portant sur les circonscriptions électorales, occultant toute réflexion sur des programmes intéressant le domaine public et axés sur le développement. Une preuve qui témoigne de cette non-volonté de faire du processus électoral une plateforme de changement. Depuis, et à lexpiration de leur mandat, les politiques sont passés à une méthode bien plus simpliste : le renouvellement pur et simple de leur mandat. Ainsi, la conquête du pouvoir nest désormais plus quune simple vue de lesprit. En face, les citoyens  étalent leur schizophrénie au grand jour. Tout en affichant ( de plus en plus) leur manque de confiance dans leurs représentants politiques, réitérant leur désaveu à leur égard par le biais de coups de gueule aussi occasionnels quéphémères, ils finissent toujours par effectuer une volte-face stupéfiante à la moindre exacerbation de la fibre communautaire. Leur comportement traditionnaliste et conservateur devant les urnes reste édifiant à cet égard. Certes labsence dalternatives limitent leur choix, le système étant, rappelons-le, bien verrouillé et faussé par une culture des Zaïms en lieu et place d’une véritable culture de partis convoitant le pouvoir sur la base d’un projet politique. Lenjeu électoral se trouve également dévoyé par une guerre quasi absurde autour des modes de scrutin qui a fini par tromper le citoyen sur les véritables objectifs de la consultation électorale, à savoir la possibilité même de lalternance et de la reddition des comptes devant lopinion publique. Seuls à pouvoir aviser et informer lélecteur en contribuant à la propagation dune culture citoyenne éclairée, les médias ont à leur tour échoué à remplir leur rôle de quatrième pouvoir, sétant eux-mêmes enlisés dans les dédales dun jeu politico-communautaire pernicieux.Devant ce tableau sombre dune démocratie-épave, la classe politique a fini par réquisitionner toutes les armes démocratiques des mains du citoyen, jusquà son sens critique. Une fois de plus, la leçon serait à puiser dans les effets «salutaires» de la crise des déchets : à savoir que lexercice démocratique commence à la base même de la vie locale, à partir dacquis simples arrachés  au niveau de la vie municipale. En bref, grâce à la démocratie de proximité. La crise des ordures et le soulèvement populaire quelle a provoqué a prouvé que le citoyen libanais est plus disposé à sinsurger contre un état de fait touchant directement à sa santé et à son bien-être au quotidien, que pour dénoncer des enjeux géopolitiques qui le dépassent et sur lesquels il na aucune emprise. Les élections municipales à venir offrent ainsi lopportunité rêvée pour les Libanais de reprendre les rênes, pour conquérir un pouvoir décisionnel local. Les Libanais seront ainsi appelés, lors de ce rendez-vous crucial, à effectuer désormais des choix guidés par le besoin impérieux de développement local plutôt que par linstinct communautaire qui, à ce jour, a largement démontré ses effets de nuisance.